« Qui doit gouverner ? Et comment ? » avec Pierre-Henri Tavoillot, philosophe

Publié le 30 janvier 2017 par UPA

Devant une salle pleine, Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne et président du Collège de philosophie (et auteur de Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité chez Grasset) est intervenu lors d’une conférence-débat, le 26 janvier 2017, à l’université populaire des Ardennes, sur le thème : « Qui doit gouverner ? … et comment ? Autorité et art politique à l’âge démocratique ».

Partant de la fameuse phrase selon laquelle « La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple », Pierre-Henri Tavoillot s’est attaché à mettre en exergue les différentes caractéristiques du peuple supposé introuvable : à savoir les différentes instances et modalités d’existence qui doivent co-exister pour qu’un peuple démocratique soit effectivement tel.

Comment envisager le concept de peuple ?

« Qu’est-ce que le peuple ? Où est-il ce peuple support de la légitimité démocratique ? Est-ce l’élite ? L’aristocratie ? La masse ? Le prolétariat ? La rue ? Les syndicats ? Etc. »

Selon Pierre-Henri Tavoillot, il n’est pas inscrit exclusivement dans une de ces entités : « Dans un régime libéral, le peuple ne se situe pas dans une seule entité…il se présente sous une forme duelle, double. »

Pour le philosophe, il peut donc tout d’abord être compris des deux façons suivantes :

  • Il peut être entendu comme « peuple-société » autrement dit une somme d’individus, vivants dans leurs sphères privées et exprimant des intérêts et des volontés privées. Il s’agit ici d’une simple cohabitation d’individus sans liens nécessaires entre eux.
  • Le concept de peuple peut être aussi compris en tant que « peuple-État ». Autrement dit le peuple s’inscrit au travers de cette institution, l’État, comme expression de sa volonté générale de durer (Etat vient du latin « state » = durer) et de s’instituer de manière continue et durable.

Ces deux formes : « peuple-État » et « peuple-société » ne s’annulent pas nécessairement, bien au contraire, elles doivent même pouvoir cohabiter.

Comment penser la cohabitation « peuple-État » et « peuple-société »  ?

Trois options :

  • Dissolution de l’État dans la société. Autrement dit la société absorbe l’État comme le souhaite les tenants de l’anarchisme ou du néolibéralisme.
  • Dissolution de la société dans l’État. L’État englobe la totalité de la société. Système totalitaire du communisme étatique.
  • Équilibre société/État. Approche libérale qui assume la dualité et la tension entre ces deux pôles.

Dans les démocraties occidentales, selon les sensibilités des citoyens, ils seront qualifiés davantage de républicain dès lors qu’ils accorderont plus d’importance au « peuple-État », et de démocrate quand ils mettent plus en avant le « peuple-société ».

Troisième aspect : le peuple-espace public

Quel lien entre ces deux peuples ? Il s’effectue au travers d’une troisième définition du peuple (ou autre modalité de son existence) : l’opinion telle qu’elle s’exprime dans l’espace public. Il y a donc, en définitive, trois peuples :

  • Peuple-société
  • Peuple-État
  • Peuple-espace public

Mais risque de conflits entre ces trois peuples.

Pathologies de la démocratie :

La démocratie, prise entre ces diverses instances ou modalité d’existence du peuple, est souvent tiraillée entre les tendances suivantes :

  • L’État dévore la société : Mao, Staline, Hitler.
  • La société dévore l’espace public :  les désirs du privé dominent ; divertissement, société du spectacle.
  • La société absorbe l’État : politique compassionnelle, politique des bons sentiments. Exemple : l’armée fait de l’humanitaire.
  • L’espace public absorbe la société : Facebook, Twitter.
  • L’espace public absorbe l’État : idéologie de la transparence.

Jean Lassalle, député centriste, a assisté attentivement à la conférence.

Quatrième aspect : le peuple-méthode

Pour comprendre ce qu’est le peuple dans un régime démocratique, Pierre-Henri Tavoillot estime que le peuple ne doit pas être pensé comme une substance, autrement dit, il ne peut, et surtout, il ne doit se réduire à l’un des ces aspects. En conséquence, le peuple démocratique s’exprime plutôt dans une démarche, une procédure, une méthode (peuple-méthode) qui s’institue in fine dans les quatre étapes suivantes :

  • Élections
  • Délibérations
  • Décisions
  • Redditions de compte

L’enjeu est encore de veiller à équilibrer ces quatre aspects. « S’il manque un de ces moments, on n’est pas en démocratie ». Par exemple, la sphère de la décision, sous la pression de l’opinion, tend à être de plus en plus difficile pour les politiques.  » Car on a le fantasme des abus de pouvoir mais il se pourrait qu’il y ait aussi des abus de contre-pouvoir… c’est pourquoi la démocratie doit être aussi la prise de conscience par les citoyens de la difficulté de l’action politique. »

Enfin, cette méthode repose sur une identité qui s’exprime dans le récit que le peuple se fait de lui-même (Peuple-récit).

« Il est extraordinaire que la démocratie marche car c’est un régime auto-fondé comparable à l’histoire du Baron de Münchhausen qui tombant dans un marais a eu l’idée d’en sortir en se tirant lui-même par les cheveux » se réjouit, en guise de conclusion, Pierre-Henri-Tavoillot .

Enregistrement audio de la conférence et échanges avec le public :

La vidéo de la conférence :

 

Pierre-Henri Tavoillot – Qui doit gouverner et comment? – 26 Janvier 2017

 

Pour poursuivre la réflexion :

  • Visite ici du blog de Pierre-Henri Tavoillot
  • Conférence filmée du philosophe Michel Negrell : « Qu’est-ce qui fait peuple ? »
  • Lecture recommandée du livre de Pierre-Henri Tavoillot : Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité chez Grasset.

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Partager cet article :