« Psychose dans la cité » avec Bernard Dufossez

Publié le 30 août 2018 par UPA

Bernard Dufossez est psychiatre, aujourd’hui retraité, il a pratiqué la psychiatrie de nombreuses années au centre hospitalier de Belair à Charleville-Mézières. Il est intervenu le 30 novembre 2017 à l’UPA sur la question des psychoses.

Qu’est-ce que la psychose ?

Selon le Robert, La psychose est une maladie mentale dont le malade ne reconnait pas le caractère morbide. Un psychotique ne sait pas qu’il est psychotique, il ne se reconnait pas comme malade et n’a pas conscience de ses troubles. La maladie la plus caractéristique est la schizophrénie.

Ils sont discordants, il n’y a pas de continuité dans leur pensée, ils délirent. Les schizophrènes n’ont pas conscience de leurs hallucinations, ils entendent des voix etc. La perception de leur corps est troublée. Leurs émotions aussi sont troublées, ils n’expriment pas leurs émotions face aux choses, ils ne communiquent pas et restent renfermés. Il peut donc être difficile de diagnostiquer un schizophrène puisqu’il ne partage pas ce qu’il ressent. Ce n’est qu’une fois gagnée sa confiance que l’on peut deviner sa psychose.

Il existe aussi des personnes qui présentent des symptômes de délires paranoïaques. Mais, ces délires sont raisonnés, pensés. Par exemple, une personne paranoïaque émet le postulat que sa femme le trompe et va interpréter tous signes, jusqu’aux signes les plus anodins, comme allant dans le sens de son postulat. Dès lors, le psychotique peut devenir dangereux, car comme toute personne délirante, il est profondément convaincu de son délire. Il est impossible de convaincre un délirant qu’il délire nous dit Bernard Dufossez.

Les causes de la psychose

Nombreuses sont les hypothèses s’essayant à l’explication de la psychose. B. Dufossez, qui a commencé à travailler en psychiatrie dès 1969, explique qu’on a commencé par donner une origine psychologique à la psychose. Puis, l’institution psychiatrique influencée par l’école de Palo Alto, a cherché les causes de la psychose dans la famille. C’était dans le contexte familial du malade qu’il fallait chercher, le malade étant l’expression du malaise du groupe familial. Il était alors pertinent de mettre en place ce qu’on a appelé des thérapies familiales. Et il y a eu l’antipsychiatrie qui défendait l’idée selon laquelle il fallait traiter le malade le moins possible, car les symptômes de leur psychose (isolement, repli sur soi, refus de contact avec autrui…) étaient des moyens de sortir de leur malaise personnel. Aujourd’hui nous dit B. Dufossez, la tendance est à l’hypothèse organique.

La vie en ville, cause de psychose ?

Un article produit par des chercheurs suisses a fait le lien entre densité urbaine et schizophrénie pour tenter de savoir si vivre en ville ne nous rendrait-il pas plus sujet aux psychoses, la schizophrénie étant deux fois plus fréquente en milieu urbain. Pour Bernard Dufossez, cette hypothèse, s’inscrivant dans les nombreuses tentatives d’explication théorique de la psychose, ne serait que peu convaincante.

Quels traitements à la psychose ?

Bernard Dufossez rappelle que chaque personne psychotique est unique et qu’il ne saurait exister de traitement type pour traiter la psychose. Il explique ainsi que chaque traitement d’une psychose doit être adapté au patient qui en souffre, car chaque psychotique vie sa psychose personnellement et subjectivement, les troubles pouvant ainsi varier fortement d’un patient à un autre. Il n’y a pas un schizophrène type, mais des schizophrènes, et donc une même diversité de traitements.

Avant la seconde moitié du XXème siècle, la psychiatrie s’est essayé à nombre de méthodes pour traiter les malades : lobotomie (on sectionnait certains tissus du système nerveux), impaludations (on injectait le paludisme au malade) … Méthodes qui peuvent paraître aujourd’hui presque fantaisiste.

Cependant, une chose semble aujourd’hui unanimement reconnue, les patients atteints de psychose doivent être sujet à des traitements médicamenteux. En 1954, le neurobiologiste et médecin français Henri Laborit, découvre les neuroleptiques, qui révolutionnent alors la psychiatrie. Les neuroleptiques ont la faculté de pouvoir calmer l’agitation d’un malade psychotique, et ont des propriétés anti-délirantes.

Bernard Dufossez explique par ailleurs que pour les malades psychiatriques, il est absolument nécessaire d’établir un traitement long, suivi et personnalisé. Ces malades étant très difficile d’accès car très renfermé sur eux-mêmes, ce n’est qu’une fois gagnée leur confiance qu’un traitement peu éventuellement être entrepris. Un médecin traitant un malade psychotique doit être fidèle avec son patient nous dit-il. Car le malade ne s’attache pas seulement à une fonction soignante nous dit B. Dufossez mais aussi à une personne. Le traitement d’un individu atteint de psychose s’opère donc à travers un suivi qui dure des années.

Les malades mentaux sont-ils dangereux ?

Bernard Dufossez nous explique qu’il existe effectivement des malades psychotiques dangereux. Mais il faut avoir à l’esprit que la maladie mentale ralentit les malades dans leur vie quotidienne et les isole. La dangerosité des individus psychotiques est donc à relativiser, et il faut se rappeler que ce sont d’abord des malades qui souffrent et nécessitent d’être suivis.

 

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