« L’éducation populaire aujourd’hui » avec Alain Leduc

Publié le 17 juin 2016 par UPA

L’éducation populaire s’avancerait-elle sur le devant de la scène de la vie publique ? Pour parler communément, serait-elle « tendance » ?

De nombreux signes nous invitent à le penser. Des discours des responsables qu’ils soient politiques, administratifs ou associatifs à la floraison des universités populaires, ou bien même de France -Culture qui se revendique « radio d’éducation populaire ». Mais cet intérêt ne doit pas cacher la réduction des moyens et de la fragilisation économique des associations victimes d’une rigueur qui ne se cache plus. Et malgré les difficultés, les acteurs sont nombreux à vouloir s’inscrire dans une politique et des pratiques offensives d’une éducation populaire porteuse d’émancipation et de transformation d’une société marquée par l’incertitude. Cependant depuis plus de cent ans, selon « les besoins de l’époque », les universités populaires naissent, vivent et disparaissent. L’Université populaire de Bruxelles crée en 1971 s’inscrit dans la filiation de ces expériences historiques diversifiées, mais qui ont en commun l’émancipation du monde du travail par le partage des savoirs et l’accès à la connaissance pour tous en renouant un lien social fort entre les intellectuels et la population.

Alain Leduc, membre fondateur de cette université populaire de Bruxelles, demeure, aujourd’hui encore, l’un de ses principaux animateurs. Il est venu, le 16 juin 2016, évoquer les principes et valeurs qui fondent ce projet militant, engagé pour une société plus juste, plus égalitaire, plus émancipatrice.

Nous vous proposons d’écouter ou de réécouter l’intervention d’Alain Leduc suivie d’un débat avec le public.


 

Petit résumé de la démarche de l’éducation populaire, en quatre points, élaboré sur la base des propos d’Alain Leduc et du texte, paru dans Le Monde, en février 2011, de Christian Maurel, cofondateur du collectif national Éducation populaire et transformation sociale.

  1. « Les gens ont des savoirs que les sociologues n’ont pas. » Chacun est nécessairement un témoin impliqué, à la fois un acteur engagé et observateur de sa propre vie : ce qui fait de chacun de nous un « savant » de sa propre histoire, en fonction de son expérience, de sa vie personnelle et familiale, de son réseau relationnel et professionnel, etc.
  2. A l’inverse d’un acte pédagogique autoritaire qui dispense un savoir en direction d’apprenants, et bien que cette instruction demeure toujours nécessaire, l’éducation populaire s’attache à faire émerger le savoir de chacun « comme contribution ascendante et transversale » au bénéfice et à la connaissance de tous.
  3. Cette élaboration de savoirs multiples et divers en réveillant inévitablement les contradictions redonne « une vertu pédagogique au conflit dans une société qui le refoule et lui préfère la violence et le faux consensus ». La mise en mots permet de dépasser et de transformer les rapports de violence réelle ou potentiels en rapports de sens. Avec, en perspective, l’émergence d’une culture et d’une conscience collective.
  4. Ce savoir émancipateur rend possible « la sortie de la place qui nous a été assigné par les conditions sociales et les appartenances culturelles » et devient alors un levier à l’augmentation de la puissance d’agir des individus leur permettant de reprendre leur destin en main.

Cette démarche est d’une brûlante actualité. Car devant la crise économique, sociale et écologique que nous connaissons, l’accroissement des inégalités qui menace l’unité du corps social et une démocratie représentative en perte de légitimité face à la domination des puissances économiques et financières, il est plus que nécessaire, comme l’écrit, Christian Maurel, d’élaborer « la construction de nouvelles intelligences et représentations collectives du monde pour donner un avenir au futur ».

 

Pour prolonger la réflexion, quelques références et auteurs qui ont nourri la pensée de l’éducation populaire :

 

  • Paulo Freire (1921-1997), pédagogue brésilien qui a inspiré nombre d’éducateurs progressistes et qui déclarait dans son livre-phare Pédagogie des opprimés : « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde. » Documents et présentations accessibles sur Internet : parcours et pensée de Paulo Freire (revue Éducation des adultes et développement) ou ce texte issu de la revue trimestrielle d’éducation comparée (UNESCO)/ A propos de son ouvrage Pédagogie des opprimés (PDF de la CNT – Confédération nationale du travail) / Publication universitaire d’Yves Lenoir, sociologue (Université de Sherbrooke au Canada)
  • Luc Carton, philosophe belge, interviewé ici sur un site de formation permanente belge, et dans ces vidéos passionnantes sur l’éducation populaire.
  • Christian Maurel, sociologue, interrogé sur le site Agir par la Culture.
  • Franck Lepage, militant de l’éducation populaire, et bien connu aujourd’hui pour ses conférences gesticulées dont un certains nombre sont visibles sur le net comme celle-ci à propos de l’éducation populaire.

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