L’ABC de la laïcité : Conférence-débat avec Eddy Khaldi

Publié le 4 décembre 2015 par UPA

Le mot laïcité a été élu mot de l’année 2015 par un jury de spécialistes lors du festival du mot, à la Charité-sur-Loire dans la Nièvre. Pour autant, ses interprétations sont multiples et sa définition est l’enjeu de querelles politiques. Si la notion est intelligible, elle n’exclut pas cepen­dant des interprétations divergentes ayant pour but d’infléchir le principe. Pour Eddy Khaldi, militant syndicaliste et associatif, cette entreprise de récupération du mot laïcité participe d’une volonté de dénaturation du concept dans des traductions très diverses et parfois antinomiques. Il est venu ainsi présenter, le 3 décembre 2015, l’ABC de la laïcité dont il a dirigé la rédaction. Cet ouvrage se présente comme un manuel illustré destiné à tous les citoyens pour comprendre, s’approprier et vivre la laïcité.

Petit historique de la loi de séparation de l’Église et de l’État

Dans un premier temps Eddy Khaldi s’est attaché à définir le concept juridique de laïcité avec un retour sur les différentes étapes qui ont abouti à la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905.

1792 : Lors de la Révolution française est établie la séparation de l’Église et de l’état civil (actes de naissances, mariages et décès).

1830 : Nombreux débats autour de la fonction de l’école. « Avec deux options : l’école a vocation à former un travailleur (« principe commercial ») ou l’école a vocation à construire un citoyen (« principe dit patriotique ») », rappelle Eddy Khaldi.

1833 : La loi Guizot sur l’instruction primaire instaure l’obligation d’une école dans chaque commune et crée l’école normale pour la formation des maîtres.

1883 : « L’école devient obligatoire de 6 à 13 ans mais n’est pas encore laïque puisqu’elle demeure sous la tutelle du curé. »

1850 : L’école du second degré est mise sous tutelle de l’évêque avec la loi Fallou.

Avant 1870 : Jules Ferry, qui n’est pas encore ministre, fait un discours inspiré des préceptes de Condorcet en établissant « un lien consubstantiel fort entre l’école et la République » et fait la promotion de « l’éducation obligatoire, gratuite et laïque ».

1881-1886 : « Séparation de l’école et de l’église avec les Lois Ferry-Goblet dont l’objectif est de fonder l’égalité en éducation pour former un citoyen autonome. »

1905 : Loi de séparation de l’Église et de l’État « qui ne comprend pas le mot de laïcité mais définit juridiquement la laïcité ». Cette loi accorde cependant une exception territoriale à l’Alsace-Moselle (alors sous tutelle allemande depuis 1870)  dans lequel quatre cultes sont reconnus : catholique, juif, calviniste et luthérien. Les clercs y sont payés par l’État et l’enseignement religieux y demeure obligatoire. Cette exception est accordée aussi à certains territoires d’outre-mer.

« La laïcité n’est pas une conviction, c’est le droit d’avoir une conviction… ou de ne pas en avoir »

Pour Eddy Khaldi, les articles 1 et 2 constituent les principes de cette loi.

  •  La République assure la liberté de conscience, elle garantit le libre exercice des cultes.
  •  La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (neutralité de l’État)

« Pour garantir cette liberté religieuse et de culte, les aumôniers sont autorisés dans les espaces fermés comme dans les internats, les prisons, et à l’armée. » détaille Eddy Khaldi. Pourquoi ces disposition particulière dans les institutions ? « Eh bien, pour respecter en droit cette liberté des citoyens au regard de leur liberté conscience et de culte. » En revanche, il y a des « lieux où la laïcité ne s’applique pas : la rue, les transports ». Et de rappeler, quant à la loi votée en 2010 sur le voile intégral, « qu’elle n’a pas été prise au nom de la laïcité mais au nom de la sécurité publique ». Enfin, concernant l’espace privé : « Chacun y est libre de manifester sa religion comme il l’entend. »

« La laïcité, ce n’est pas une conviction, ce n’est pas l’athéisme (comme par exemple en Belgique) ni l’agnosticisme, c’est le droit d’avoir une conviction, de changer de religion, de croire ou ne pas croire. La laïcité c’est la liberté de conscience qui n’est garantie que si l’État respecte la neutralité. Aussi, « si la laïcité est une contrainte pour les institutions de l’État, elle n’est pas une contrainte pour les citoyens. » Toutefois, « la laïcité, qui n’est ni contre les religions ni avec les religions, fait néanmoins l’objet de beaucoup de dérives qui émanent de ses institutions » rappelle le conférencier avant d’évoquer les polémiques autour de l’affaire de la crèche Babilou et des menus des cantines scolaires (« souvent objets d’instrumentalisations politiques ») ainsi que les premiers débats, en 1989, sur le port de signes religieux à l’école. « Sur ce sujet, on a d’abord laissé la responsabilité aux chefs d’établissement de statuer. » Conflits, polémiques : « Jusqu’à la loi du 15 mars 2004 qui interdit non pas le port de signes religieux mais le port de signes religieux ostensibles comme source de prosélytisme » se réjouit-il.

Enfin Eddy Khaldi, militant d’une laïcité rigoureuse pour qui « la loi 1905 définit le primat de la liberté de conscience par rapport à la liberté religieuse », s’oppose à ce qu’il considère comme une dérive, à savoir une laïcité plurielle, telle qu’elle est défendue et présentée notamment par Philippe Portier, sociologue, directeur d’étude à l’École Pratique des Hautes Études qui occupe la chaire « Histoire et sociologie des laïcités ».

 

Retrouvez l’intégralité de la conférence d’Eddy Khaldi dans cet enregistrement sonore (47 minutes) :

Débat et échanges avec le public (54 minutes) :

 

Pour prolonger la réflexion et le débat :

Textes d’Eddy Khaldi : http://www.laicite-republique.org/+-main-basse-sur-l-ecole-publique-d-+.html

http://www.laicite-republique.org/de-la-laicite-plurielle-au-pluriel-des-laicites-e-khaldi.html

Interview de Philippe Portier : http://www.liberation.fr/societe/2015/06/21/philippe-portier-la-loi-de-1905-est-une-loi-de-liberte_1334292

Enfin, pour approfondir le sujet avec une approche sensiblement différente : « Société multiculturelle et laïcité », conférence de Joël Roman, à l’université populaire des Ardennes, le 21 avril 2016.

 

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