« La liberté, c’est l’école publique » avec Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’éducation

Publié le 4 avril 2017 par UPA

Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’Éducation et de la pédagogie, a inspiré de nombreuses réformes pédagogiques. Il a tenu, jeudi 30 mars 2017 au cinéma Métropolis à Charleville-Mézières, une conférence intitulée « La liberté, c’est l’école publique ». En préambule, Liliana Moyano, présidente de la FCPE, a rappelé la position de sa fédération concernant le rôle de l’école dont voici l’enregistrement :

 

L’école d’aujourd’hui est le résultat d’une décision prise sous un régime monarchique

« L’école publique n’est pas une institution qui aurait pour seule vocation à réunir dans une même classe de 20 à 30 élèves du même âge et du même niveau sous la houlette d’enseignants », amorce Philippe Meirieu. « Car cette forme est juste une modalité de l’enseignement scolaire et non sa finalité »,  poursuit-il. Autrement dit, il existe des manières bien différentes de concevoir le fonctionnement de l’école. Et de rappeler que « le type d’enseignement que nous connaissons aujourd’hui, nous ne la devons pas à la République mais à un ministre de la monarchie de Juillet (1830) : François Guizot, un homme hostile à la démocratie et à la République ». Par conséquent, il ne faut pas oublier, à propos de l’école publique, que deux pédagogies se sont affrontées au cours de l’histoire : le modèle de l’école simultanée et le modèle mutuel.

Modèle de l’école simultanée versus modèle de l’école mutuelle

Le modèle simultané provient de Saint Jean-Baptiste de la Salle et des frères des écoles chrétiennes. Cette école s’inspire de la forme religieuse de la messe où les élèves sont assimilés à des fidèles qui doivent absorber le discours d’un maître s’adressant simultanément à eux dans le recueillement collectif. Ce modèle se caractérise donc par :

  • Le regroupement des élèves par âge et niveau
  • Les élèves doivent faire la même chose en même temps
  • Interdiction aux élèves de communiquer entre eux
  • Prédominance du maître et de sa parole qui s’impose à tous

→ Cette école est soutenue par la hiérarchie catholique, les conservateurs et le gouvernement de la monarchie de Juillet.

Le modèle mutuel vient d’Angleterre, de Suisse et aussi d’un certain catholicisme (le Père Girard à Fribourg-1765-1850). Dans l’école mutuelle, les élèves n’y sont pas regroupés par âge et niveaux et, par ailleurs, ils ne font pas tous la même chose en même temps. La pédagogie est organisée sur le principe du monitorat et de l’entraide où les plus grands aident les plus petits. Elle se caractérise par :

  •  Des classes plus nombreuses ( jusqu’à 100 élèves)
  • Possibilité de plusieurs enseignants
  • Des élèves d’âges (de 5 à 15 ans) et de niveaux différents
  • Utilisation des livres, tableaux et ardoises
  • La communication entre élèves est encouragée

→ Cette pédagogie est soutenue par les Protestants, les intellectuels progressistes et les anarchistes.

En 1830, ces deux formes d’écoles cohabitent en France. Mais après de nombreux débats et controverses, le ministre Guizot tranche en faveur de l’école simultanée et interdit les écoles mutuelles en 1833. François Guizot aurait alors déclaré : « Le modèle simultané c’est le modèle de l’obéissance des élèves à la parole du maître, c’est l’interdit de la communication entre élèves puisque quand des élèves communiquent entre eux c’est qu’ils complotent contre les maîtres ! »

François Guizot a ensuite crée les outils de l’homogénéisation de l’institution scolaire :

  • Le corps des inspecteurs
  • Les écoles normales pour former les instituteurs à la méthode simultanée
  • « Le Moniteur », bulletin officiel de l’Education nationale

« La France a donc imposé le modèle simultané à un moment particulier de son histoire, quand elle n’était pas un Etat Républicain, sur le modèle religieux de l’Eglise catholique pour contrôler l’activité intellectuelle de chacun de ses enfants », déclare Philippe Meirieu.

La question de la finalité de l’école

Jules Ferry (1832-1893), quant à lui, ne va pas s’opposer au modèle simultané puisqu’il va même continuer la lutte contre les classes uniques et organiser les regroupements. Il va toutefois laïciser l’école. Autrement dit, les Églises ne devront plus gérer l’éducation des enfants. Il est épaulé en cela par Ferdinand Buisson (1841-1932), protestant et directeur de l’enseignement primaire. Son approche protestante valorise la lecture et l’écriture qui offrent à chacun la possibilité d’aller consulter directement les textes (au contraire de l’approche catholique où l’accès à la connaissance et à la vérité s’effectuent par la médiation des clercs).

S’appuyant sur le principe « Les croyances divisent, les savoirs réunissent », la finalité de l’école sera donc d’enseigner les savoirs en laissant les croyances de côté. Car si la croyance ne peut être démontrée rationnellement, un savoir dès lors qu’il est bien démontré, est partageable de manière universelle. Dès lors tout humain est en mesure de se l’approprier.

« L’école publique ne doit pas non plus faire passer ces savoirs comme des croyances, ce qui serait alors un retour à une école confessionnelle. »  Il s’ensuit que la caractéristique de l’école publique est que la vérité d’un discours n’est jamais relative à celui qui l’énonce. L’école publique a vocation à  former à la liberté, elle a donc une vocation anti-autoritaire en interrogeant les évidences et assoit le savoir et la connaissance sur des démonstrations. En conséquence, le maître, dans l’école idéale, ne doit pas être tenu sur parole.

Le bien commun en question

A l’époque de Jules Ferry, le bien commun s’inscrit dans la construction de l’Etat-Nation. Cette approche s’incarne par l’imposition du français dans toutes écoles françaises, la discipline historique a vocation à former un roman national et les élèves, constitués en bataillons scolaires sur le modèle militaire, apprennent des chants nationalistes comme ceux du poète et romancier nationaliste Paul Déroulède (« Ils n’auront pas l’Alsace et la Lorraine »).

Après la guerre de 14-18, le bien commun est moins l’Etat-Nation guerrier que la fraternité. Puis, peu à peu, le bien commun s’est confondu avec l’ intégration économique et la croissance. « Mais aujourd’hui, nous connaissons une crise du bien commun. Pour l’école, on évoque l’égalité des chances mais c’est une imposture au regard des inégalités flagrantes tant géographiques, budgétaires et professorales entre les établissements. En revanche, l’école publique doit être le lieu de l’égalité des droits à l’éducation. » Elle est donc confrontée aujourd’hui à de nombreux dangers :

  • Inégalités entre établissements dont les finalités éducatives sont différentes
  • Développement de l’externalisation avec des structures d’aides extérieures à l’école
  • Montée du naturalisme familialiste (3200 enfants en France sont instruits dans le cadre strictement familial) et le nombre d’écoles hors contrat est en forte hausse.

Philippe Meirieu conclut : « L’Éducation nationale risque aujourd’hui l’explosion en de multiples officines. Elle nécessite donc une mobilisation, non pas parce que l’école publique est un totem mais parce que l’école publique c’est la liberté : la liberté d’apprendre ensemble ce qui est encore mieux. Dans le cadre de l’école publique les enfants apprennent de leurs différences et, par delà leurs différences, apprennent qu’ils font tous partie de l’humaine condition. »

 

Enregistrement sonore complet de la conférence de Philippe Meirieu et des échanges avec le public :

La vidéo de la conférence :

Philippe Meirieu – La liberté c’est l’école publique – 30 Mars 2017

 Pour poursuivre la réflexion :

 

 

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